33 m² en apesanteur

Quand l’architecture réinvente l’intime
Il y a des projets qui transforment un lieu. Et d’autres qui transforment aussi celles et ceux qui les habitent. Celui-ci fait partie des deux.
Au cœur d’une ancienne usine restaurée, un appartement de 33 m², tout en hauteur, aux volumes complexes et presque déroutants. Un espace brut, chargé d’histoire industrielle, mais fragmenté, peu fluide, dominé par une immense salle de bain aveugle occupant une place démesurée. Et puis, une cliente à l’aube d’un nouveau chapitre de vie, avec une envie claire : se créer un cocon à elle, enveloppant, audacieux, entièrement décliné dans des tons terracotta.
Recomposer les volumes pour retrouver la respiration
Le point de départ n’a pas été décoratif, mais architectural.
Dans un si petit format, chaque mètre carré est stratégique. Il a fallu déconstruire l’existant, repenser la répartition des fonctions, redessiner les circulations, retravailler les hauteurs et les perspectives pour redonner de la fluidité et, surtout, de la respiration.
La salle de bain d’origine, vaste mais privée de lumière naturelle, a cédé sa place à une chambre alcôve. Une chambre volontairement enveloppante, pensée comme un refuge. Pour lui offrir la lumière qui lui manquait, une verrière atelier a été intégrée pour un clin d’œil assumé à l’ADN industriel du lieu. Elle capte la lumière naturelle et la diffuse délicatement, tout en structurant l’espace sans le cloisonner brutalement.
La salle de bain, quant à elle, a migré à l’emplacement de l’ancienne cuisine. Plus compacte, plus fonctionnelle, elle s’inscrit désormais dans une logique d’équilibre global.
Une cuisine-carrefour
La nouvelle cuisine est devenue le véritable cœur du projet.
Plus qu’un simple espace fonctionnel, elle agit comme un carrefour central autour duquel tout s’organise. Elle distribue les circulations, crée des perspectives et structure les usages. Conviviale et efficace, elle assume une présence forte tout en restant parfaitement intégrée à l’ensemble.
Dans un espace de 33 m², rien n’est laissé au hasard : chaque ouverture visuelle, chaque alignement, chaque rupture de niveau participe à la sensation d’ampleur. L’objectif était clair : donner le sentiment d’un appartement bien plus grand que sa surface réelle.
Faire swinguer les matières
Ici, la couleur n’est pas un simple parti pris esthétique : elle est une matière à part entière.
Le terracotta devient fil conducteur, mais jamais uniforme. Il se décline, se nuance, se transforme. Le relief des briques apporte une vibration presque méditerranéenne, minérale, rectiligne. En contrepoint, les appliques art déco en travertin introduisent une rondeur ovoïde, presque sensuelle. Les suspensions japonaises en papier de riz poudré diffusent une lumière douce, organique. Le plan de travail maçonné, chaulé à la main, révèle une patine artisanale, imparfaite et vivante.
L’ensemble joue sur les contrastes : le brut et le délicat, le massif et l’aérien, la ligne droite et la courbe. Le rose, omniprésent, échappe à toute mièvrerie. Il est travaillé dans ses nuances les plus subtiles : du rouge terreux des paysages désertiques aux beiges épicés des fruits du soleil, en passant par les poudres florales et les pastels célestes.
Pour éviter l’effet trop sage ou trop girly, les textures viennent casser la douceur apparente. Le grain, les aspérités, les jeux d’ombre et de lumière apportent une dimension presque brutaliste par endroits, teintée d’influences vintage et seventies. Le résultat : un équilibre entre force et délicatesse.
L’esprit Wabi-sabi, sans nostalgie
Au cœur de ce projet, une philosophie : célébrer l’imperfection, la matière vivante, les nuances infinies du naturel.
Le choix des couleurs s’inspire directement de la nature, de ses exclusivités chromatiques impossibles à reproduire artificiellement. Rien n’est plat, rien n’est figé. Les surfaces accrochent la lumière différemment selon l’heure du jour. Les teintes évoluent. L’espace respire.
Ce parti pris confère au lieu une profondeur inattendue. Il est doux, mais jamais fragile. Structuré, mais jamais rigide.
Un cocon pour se réinventer
Au-delà de l’esthétique, ce projet raconte une histoire : celle d’une femme qui ouvre une nouvelle page de sa vie et qui choisit de s’entourer d’un univers qui lui ressemble pleinement.
Chaque décision; du redécoupage architectural au choix du moindre matériau participe à cette intention. Penser la globalité de l’espace, explorer les modes de vie, dessiner les circulations. Puis, zoomer sur le détail : une nuance, un contraste, une jonction, un relief.
Dans 33 m², rien n’est anodin. Tout compte.
Le résultat est un lieu profondément personnel. Un espace qui invite à ralentir, à se poser, à habiter pleinement le présent. Un intérieur qui ne cherche pas à impressionner, mais à envelopper. À soutenir. À accompagner.
Et c’est peut-être là sa plus grande réussite : avoir transformé une contrainte spatiale en terrain d’expression sensible, où l’architecture et la matière dialoguent avec justesse pour laisser place à une nouvelle légèreté.
